Devenir syndic bénévole : le mode d'emploi complet
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Par Olivier Bourrel
Votre immeuble compte quelques lots, le syndic professionnel coûte cher pour ce qu'il fait, et un voisin a lancé l'idée en fin d'assemblée : « Et si l'un de nous s'en occupait ? » C'est possible, c'est légal, et des dizaines de milliers de copropriétés fonctionnent ainsi.
Être syndic bénévole, on dit aussi syndic non professionnel, demande du sérieux et un peu de méthode, pas un diplôme. Voici ce que dit la loi, ce qu'il faut faire en premier et ce qui vous attend ensuite, textes à l'appui.
Qui peut être syndic bénévole ?
La règle tient en une phrase : seul un copropriétaire d'un ou plusieurs lots dans la copropriété qu'il va gérer peut être syndic non professionnel (article 17-2 de la loi du 10 juillet 1965).
Quelques précisions utiles :
- Peu importe le lot. Un appartement, un commerce, une cave ou une place de parking suffisent (Guide du syndic bénévole, Anah, 2024, p. 10).
- Pas besoin d'habiter sur place. Un propriétaire bailleur peut être syndic de l'immeuble où il loue.
- Pas de carte professionnelle. Le syndic bénévole ne relève pas de la loi Hoguet : ni carte, ni garantie financière (Anah, p. 10).
- Le conjoint ne suffit pas. L'article 17-2 ne vise que le copropriétaire lui-même. Il ne mentionne ni le conjoint ni les proches, à la différence des règles du conseil syndical.
Si vous vendez votre lot en cours de mandat, celui-ci devient caduc trois mois après la vente. Pendant ce délai, vous devez convoquer une assemblée générale pour désigner votre successeur (article 17-2). L'acheteur de votre lot ne devient pas syndic à votre place.
La variante coopérative
Si plusieurs copropriétaires veulent partager la charge, le syndicat peut adopter la forme coopérative. Le conseil syndical devient alors obligatoire et c'est son président qui exerce les fonctions de syndic. L'assemblée générale désigne aussi une ou plusieurs personnes chargées de contrôler les comptes (service-public.gouv.fr ; Anah, p. 14). La formule convient bien aux immeubles où deux ou trois personnes ont envie de s'impliquer, chacune selon ses compétences.
Comment est désigné le syndic bénévole ?
Le syndic est désigné par l'assemblée générale. Pour être candidat, il suffit de demander l'inscription de sa candidature à l'ordre du jour de la prochaine assemblée, de préférence par lettre recommandée adressée au syndic en place avant l'envoi des convocations (ANIL).
Le vote se fait à la majorité de l'article 25 : la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou non. Dans une petite copropriété où certains ne viennent jamais, ce seuil peut être difficile à atteindre. D'où la passerelle de l'article 25-1 : si la résolution a recueilli au moins un tiers des voix de tous les copropriétaires, l'assemblée revote immédiatement à la majorité simple de l'article 24, celle des voix exprimées par les copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance.
Pour préparer cette assemblée sans faux pas sur les délais et les majorités, voyez notre page sur l'assemblée générale.
Combien de temps dure le mandat ?
Trois ans au maximum. Le mandat est renouvelable, sans limite du nombre de renouvellements, par un nouveau vote de l'assemblée (article 28 du décret du 17 mars 1967).
Rien n'empêche de voter un mandat plus court, un an par exemple, pour se tester. La durée se calcule de date à date : notez bien la date de fin, car un syndic qui continue à gérer après l'échéance devient un « syndic de fait », dont les actes peuvent être contestés (Anah, p. 67).
Le syndic bénévole peut-il être rémunéré ?
Oui, malgré son nom. La fonction peut être exercée gratuitement ou contre une rémunération décidée par l'assemblée générale (ANIL). Le guide de l'Anah précise que ce vote se fait à la majorité de l'article 25, que les sommes perçues se déclarent au titre des bénéfices non commerciaux, et que le montant reste en pratique symbolique (p. 10).
Dès qu'il est rémunéré, le syndic doit respecter le contrat type de syndic. Le syndic non rémunéré n'y est pas tenu (service-public.gouv.fr).
Dans tous les cas, les frais réellement engagés pour la copropriété (recommandés, photocopies, frais administratifs) doivent vous être remboursés (ANIL). Gardez les justificatifs et passez-les en comptabilité comme n'importe quelle dépense.
Faut-il une assurance responsabilité civile ?
Pour vous-même, non : le syndic bénévole n'est pas obligé d'être assuré, même si c'est conseillé (Anah, p. 10). Posez la question à l'assureur de l'immeuble, qui peut parfois couvrir la responsabilité du syndic bénévole.
Pour l'immeuble, en revanche, c'est votre rôle de soumettre au vote de l'assemblée l'assurance de responsabilité civile de la copropriété (article 18 de la loi de 1965 ; Anah, p. 64). Vérifiez dès votre arrivée qu'un contrat est en cours et à quelle date il se renouvelle.
Vos 30 premiers jours de syndic bénévole
La loi fixe quelques délais précis. Voici l'ordre dans lequel les prendre.
- Récupérez le procès-verbal de l'assemblée qui vous a désigné. C'est votre titre : la banque et le registre vous le demanderont.
- Réclamez la trésorerie à l'ancien syndic. Il doit vous remettre, dans les quinze jours suivant la fin de ses fonctions, la situation de trésorerie, les références des comptes bancaires et les coordonnées de la banque (article 18-2).
- Récupérez les archives. Dans le délai d'un mois, il doit vous transmettre l'ensemble des documents et archives du syndicat, y compris les fichiers numériques dans un format téléchargeable. L'état des comptes, après clôture, suit dans les deux mois suivants (article 18-2). Sans réponse après mise en demeure, le juge des référés peut ordonner la remise sous astreinte.
- Ouvrez le compte bancaire séparé au nom du syndicat. Toutes les sommes reçues pour la copropriété doivent y être versées sans délai. Si le compte n'est pas ouvert dans les trois mois suivant votre désignation, votre mandat est nul de plein droit (article 18, II). Si la copropriété a un fonds de travaux, un second compte est nécessaire dans la même banque (Anah, p. 63). N'attendez pas le troisième mois : certaines banques mettent plusieurs semaines à ouvrir un compte de copropriété.
- Rattachez la copropriété à votre compte sur le registre national. Créez votre espace sur le registre des copropriétés, puis rattachez l'immeuble en joignant le procès-verbal qui vous désigne. La démarche est gratuite (ANIL ; Anah, p. 77).
- Vérifiez les contrats en cours. Assurance de l'immeuble, eau, électricité des parties communes, ménage, entretien : notez les échéances et les préavis.
- Faites le point sur les comptes de chacun. Qui doit quoi au syndicat ? Repartez d'une situation claire avant votre premier appel de fonds.
- Fixez la date de la prochaine assemblée. Elle doit se tenir dans les six mois suivant la clôture de l'exercice (Anah, p. 45).
Que fait le syndic bénévole au quotidien ?
Le syndic bénévole a les mêmes missions qu'un professionnel (ANIL). L'article 18 de la loi de 1965 les énumère. Concrètement, cela donne ceci.
Faire vivre les décisions collectives.
- Faire respecter le règlement de copropriété et exécuter les décisions de l'assemblée générale.
- Convoquer l'assemblée générale au moins une fois par an, avec un délai de convocation de 21 jours (Anah, p. 28).
- Informer les occupants, dans les trois mois suivant l'assemblée, des décisions qui ont un effet sur les charges, par affichage ou dépôt dans les boîtes aux lettres (p. 73).
Gérer l'argent du syndicat.
- Établir le budget prévisionnel avec le conseil syndical et le faire voter chaque année.
- Envoyer les appels de fonds : par défaut, un quart du budget au premier jour de chaque trimestre, sauf autre rythme voté par l'assemblée (p. 48). Notre page sur les appels de fonds détaille le calcul.
- Tenir une comptabilité qui fait apparaître la position de chaque copropriétaire, et présenter les comptes à l'approbation de l'assemblée (article 18, II).
- Relancer les impayés, puis agir en justice si nécessaire.
Entretenir l'immeuble.
- Administrer l'immeuble, assurer sa conservation et son entretien, et faire réaliser de sa propre initiative les travaux urgents.
- Tenir à jour le carnet d'entretien et le mettre à la disposition des copropriétaires (article 18, I).
- Conserver les archives du syndicat.
Tenir les documents obligatoires à jour.
- Mettre à jour chaque année les données de la copropriété sur le registre national, après l'assemblée qui approuve les comptes (Anah, p. 79).
- Établir et mettre à jour chaque année la fiche synthétique. L'article 8-2 ne prévoit aucune dispense pour les syndics non professionnels : la seule exception concerne les immeubles sans aucun logement. Bonne nouvelle, le registre la génère une fois la mise à jour annuelle faite (Anah, p. 58). Elle doit être annexée à la promesse en cas de vente d'un lot.
Seule vraie différence avec un professionnel : vous n'êtes pas tenu d'ouvrir un espace en ligne sécurisé pour les copropriétaires, obligation réservée aux syndics professionnels (article 18, I).
Quelle est la responsabilité du syndic bénévole ?
Comme tout syndic, vous répondez des fautes commises dans votre gestion. La responsabilité du syndic peut être engagée lorsqu'il commet une faute, civile ou pénale, à l'origine d'un dommage (service-public.gouv.fr). Le guide de l'Anah cite des exemples typiques : ne pas réagir face à des travaux urgents, laisser filer les impayés, convoquer l'assemblée hors délai, oublier de déclarer un sinistre (p. 10 et 69).
Le bénévolat joue toutefois en votre faveur. Selon l'article 1992 du Code civil, la responsabilité est appréciée moins rigoureusement pour un mandat gratuit que pour un mandat rémunéré (Anah, p. 10). Moins rigoureusement ne veut pas dire jamais : documenter vos décisions, garder les devis et tracer les échanges reste votre meilleure protection.
Comment arrêter d'être syndic bénévole ?
Plusieurs situations se présentent.
- Fin de mandat. Le plus simple. Si vous ne souhaitez pas être renouvelé, informez le conseil syndical au plus tard trois mois avant l'assemblée qui doit désigner le prochain syndic (article 18, VII), et inscrivez la désignation d'un successeur à l'ordre du jour.
- Arrêt en cours de mandat. La loi encadre la résiliation à l'initiative du syndic : elle suppose une inexécution suffisamment grave de la part du syndicat, une notification au président du conseil syndical (ou, à défaut, à tous les copropriétaires) et la convocation, dans un délai d'au moins deux mois, d'une assemblée qui désigne un nouveau syndic (article 18, VIII). Dans tous les cas, ne partez pas sans qu'un successeur soit désigné : une copropriété sans syndic se retrouve vite bloquée.
- Vente de votre lot. Le mandat devient caduc trois mois après la vente (article 17-2).
Au départ, les mêmes délais de transmission s'appliquent à vous qu'à un professionnel : quinze jours pour la trésorerie, un mois pour les archives, deux mois de plus pour les comptes clôturés (article 18-2).
Le régime simplifié des petites copropriétés
Si votre copropriété compte au plus cinq lots à usage de logement, de bureau ou de commerce, ou si son budget prévisionnel moyen sur trois exercices est inférieur à 15 000 €, vous bénéficiez d'assouplissements (articles 41-8 à 41-12) :
- pas d'obligation de constituer un conseil syndical ;
- pas de comptabilité en partie double, les engagements pouvant être constatés en fin d'exercice ;
- des décisions prises à l'unanimité par consultation écrite ou en réunion, sans convoquer d'assemblée, sauf pour le budget et l'approbation des comptes ;
- en forme coopérative sans conseil syndical, l'assemblée désigne directement le syndic à la majorité de l'article 25.
Le détail est sur notre page petite copropriété.
En résumé
- Seul un copropriétaire de l'immeuble peut être syndic bénévole ; il est élu en assemblée générale à la majorité de l'article 25, avec la passerelle de l'article 25-1.
- Le mandat dure trois ans au plus et se renouvelle par un nouveau vote.
- Une rémunération est possible si l'assemblée la vote ; les frais engagés sont toujours remboursés.
- Premier impératif : le compte bancaire séparé, dans les trois mois, sous peine de nullité du mandat.
- L'ancien syndic doit vous remettre la trésorerie sous quinze jours et les archives sous un mois.
- Vos missions sont celles d'un professionnel : assemblée annuelle, budget, appels de fonds, comptes, entretien, carnet d'entretien, registre, fiche synthétique.
- L'assurance personnelle n'est pas obligatoire mais conseillée ; votre responsabilité est appréciée moins sévèrement si vous êtes bénévole.
- Les petites copropriétés profitent d'un régime allégé.
Pour aller plus loin sur l'évolution des règles, lisez ce qui a changé pour les syndics bénévoles en dix ans. Et si vous voulez un outil qui prépare les convocations, les appels de fonds et les comptes à votre place, Syndicool a été conçu pour les syndics bénévoles comme vous.